DES / A CORPS

Le film saisissant Don’t pray for us nous révèle des performances artistiques - un des médias selon moi les plus forts et les plus justes pour évoquer l’absurdité et la complexité de notre monde - remarquables aux nombreux échos contemporains. 
Un gigantesque tableau en plusieurs volets dans un seul espace s’offre devant nos yeux. Au centre se trouve la performeuse Aj Dirtystein. Une représentation symbolique parfaite de la transgression du corps féminin. Une vraie force s’y dégage. 
Cette magnifique ode poétique et onirique au corps humain hors norme, perçu comme une allégorie du corps social, illustre la réalité corporelle et ses moyens de résistance dans une société avec ses principes religieux, moralistes et conformistes. 
Dans un univers intimiste totalement travaillé, on découvre ou on redécouvre la dimension physique et spirituelle accordée au corps avec ses empreintes de la vie dans la société d’aujourd’hui. Cet espace, à la fois ouvert et fermé, est d'ailleurs toujours l'objet d'explorations corporelles. 

Elle nous éclaire sur le fondement de l’existence du corps, porteur de ce que nous sommes réellement, dans tous ses états. Il se transforme régulièrement en objet de consommation, en objet esthétique, en objet artistique, en objet de culte, en objet libidinal… comme s’il était meurtri, étouffé sous le poids sociétal avec ses normes injustes, inégalitaires et subjectives avec le jugement d’autrui empiétant parfois sur notre opinion personnelle. L’idée d’avoir mis en scène des personnes, ayant choisi ou non de vivre en dehors des chemins linéaires imposé par l’éducation et la norme sociale, atypiques nous rappelle encore une fois la richesse et la diversité humaine. 
A force d’être désacralisée le seul moyen d’en sortir est d’accepter l’inconnu en soi et de partir à la quête de soi en détruisant toutes les barrières inconscientes.  C’est vivre et non exister. 

La grande réussite musicale de Sacha Bernardson réside dans une orchestration relativement riche et en toute harmonie : des gros claviers orgues d’église, des voix de musique classique et des crissements électros sont en phase totale avec la mouvance des corps singuliers au milieu de la tourmente. On navigue sans cesse aux frontières de la pop et de la musique baroque dans des volutes électroniques.
De la douceur et de la noirceur s’entrechoquent. Il n’est pas étonnant que cette musique occupe une place prépondérante dans ce clip exprimant des idées implicites. Si son prochain EP est de cette trempe-là, ne nous faisons pas de soucis ! 

Marie Corbal

Milos Ares Asian Teran