L'originalité du choix du titre Hear no evil illustre cette page. Elle révèle l'attitude de se boucher les oreilles face à une situation déplaisante et s'en dédouaner par la suite. Ne serait ce pour l'ignorer et se protéger? Un paradoxe pour les amoureux de l'humanité. Une belle invention parce que l'on y croit et parce que nous ne désespérons pas des hommes. Il ne nous reste plus qu'alors à nous boucher les oreilles, quitte à lever les barrières pour vaincre l'impuissance et la méconnaissance de la pensée multiple. HEAR NO EVIL signifie également ne rien entendre. Un paradoxe pour les amoureux de la musique. Cet art consiste à combiner les sons en les modelant en fonction de l'intensité, du timbre, de la hauteur et de la durée.

Mais il arrive parfois que la musique ne soit pas vécue pleinement comme elle se le doit. Non pas parce qu'on se bouche les oreilles mais parce qu'on n'entend rien. C'est mon cas avec mes oreilles ensablées. Etant sourde profonde et appareillée, j'aime la musique. Un amour inconditionnel. 

L'univers des sons a été mis en mémoire grâce à mes parents depuis mon enfance. J'ai baigné dans la marmite des chansons françaises, espagnoles et anglaises. Cette éducation auditive, en passant par les bruitages, l'écoute de CD, les sorties en concert, m'a sensibilisée et ouverte à la culture musicale.

Je vis dans l'ombre de la musique avec une empreinte unique et individuelle. Celle ci me permet d'apprécier sa beauté telle qu'elle se présente avec mes bijoux auditifs. Mes prothèses transforment et transmettent les ondes sonores.Celles ci, ne pouvant circuler librement à mes oreilles, sont compensées par l'association du son à la façon dont il est produit. En voyant l'instrument et le geste coordonné je peux imaginer, ressentir et vibrer à ma manière. Une manière distincte de la vôtre. La perception des mélodies sont visuelles : je suis attentive à la posture corporelle et à l'expression du visage. Un atout renforcé par la sensibilité vibratoire.

Pour donner un sens à cette source de plaisir, je retranscris par écrit ce qui ne peut être réellement vécu. Une manière d'encager la musique qui m'échappe parfois. Ce projet d'écriture est né d'une rencontre hasardeuse avec Milos sur ma route. Il a suggéré de mettre en avant mon écriture clandestine. Une fidèle alliée. Cette excellente opportunité me permet de partager avec vous les partitions de la vie musicale. Une métaphore parfaite de l'écriture des matériaux de sensations et de pensées au fil du temps.

No frontière. La musique et l'écriture se ressemblent et s'assemblent. Une passerelle entre ces procédés grâce aux yeux et aux oreilles. En avançant pied nus sur la terre sacrée musicale c'est mettre du son à l'écriture grâce à mes mains produisant des articles à l'effigie des artistes indépendants de la Cassette à Bordeaux dans divers endroits insolites.

En route pour de nouvelles aventures musicales!